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15 octobre 2005

Sursis requis contre deux contrôleurs aériens accusés du décès d'un pilote

BOBIGNY, 14 oct 2005 (AFP) - Le procureur de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a requis vendredi deux ans et quinze mois d'emprisonnement avec sursis et 1.000 euros d'amende à l'encontre de deux contrôleurs aériens accusés d'être à l'origine du décès d'un pilote, décapité par l'aile d'un appareil qui avait traversé son cockpit.

Le 25 mai 2000, un avion de fret Shorts 330 de la Streamline Aviation était entré en collision à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle avec un MD-83 d'Air Liberté en phase de décollage transportant 151 supporters espagnols. Le copilote du Shorts, Jonathan Andrew, était décédé sur le coup, le commandant de bord Gary Grant avait été gravement blessé, et un accident beaucoup plus grave avait été évité de peu.

Frédéric Sarkissian, 41 ans, contrôleur "LOC" la nuit de l'accident, c'est-à-dire chargé des décollages et atterrissages, et David Cros, 35 ans, contrôleur "SOL", chargé de gérer les mouvements d'avion au sol en dehors des pistes, sont poursuivis pour homicide involontaire et blessures involontaires par négligence, délit pour lequel ils encourent au maximum trois ans de prison.

L'enquête a fait apparaître que la collision avait pour origine une erreur d'appréciation de M. Sarkissian, alors en période d'entraînement, sur la position du Shorts 330. Il le pensait au seuil de la piste 27 alors qu'il se trouvait sur une bretelle d'accès à cette même piste. Après avoir donné au jet d'Air Lib l'autorisation de décoller, il avait demandé au Shorts de s'aligner, provoquant l'accident.

C'est David Cros qui avait indiqué à son collègue, d'un 16 entouré sur un document portant diverses informations, la position de l'avion, sans la lui signaler verbalement ainsi que le prévoyait le manuel d'exploitation ("Manex") des contrôleurs aériens. M. Sarkissian n'avait pas vu ce 16, persuadé que le Shorts décollerait comme tous les autres appareils cette-nuit là du seuil de la piste 27.

M. Cros a argué au cours de l'audience que le Manex était obsolète sur ce point et qu'il avait procédé comme le faisaient tous les contrôleurs aériens, pour des raisons de rendement. Son avocate a demandé sa relaxe.

"C'est le système qui est responsable de cet accident, et non tel ou tel individu", a commenté à l'issue de l'audience Stéphane Durand, secrétaire général du Syndicat national des contrôleurs du trafic aérien. "Le trafic a été multiplié par trois à Roissy entre 1988 et 2002. L'usage a pris le pas sur la règle. Si l'on devait appliquer le Manex à la virgule près, il faudrait diviser le trafic par deux. On a raté une occasion de réfléchir sur le système et comment l'améliorer".

Patrick Pregre, copilote du MD-83, a également estimé que ce drame montrait qu'il n'y avait "pas assez de contrôleurs aériens : M. Sarkissian était en train de renouveler sa licence et n'avait pas pratiqué depuis trois ans". En outre, la Direction générale de l'aviation civile n'a pas su selon lui tirer les leçons de l'expérience, alors qu'un incident très semblable s'était produit en octobre 1998.

Le jugement a été mis en délibéré au 24 novembre.

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