Le TGV Est devrait largement supplanter le trafic aérien vers Strasbourg
En mettant Strasbourg à moins de trois heures de Paris, la ligne à grande vitesse Est européenne, dont le premier tronçon sera inauguré le 15 mars avant une ouverture commerciale en juin, devrait permettre au TGV de supplanter largement le trafic aérien sur cette liaison.
Actuellement, le train représente 35% du
trafic entre Paris et Strasbourg contre 65% pour l'avion et "l'ambition
est d'inverser la tendance le plus rapidement possible" avec un
objectif d'une part de marché de 60% "d'ici douze à dix-huit mois",
explique-t-on à la SNCF. Selon des chiffres publiés par Réseau ferré de
France, propriétaire du réseau national, 2,5 millions de personnes
devraient choisir le train plutôt que l'avion grâce à l'ouverture du
TGV, qui reliera Strasbourg à la capitale en 2 heures 20 au lieu de 4
actuellement. A l'image des liaisons Paris-Lyon ou Paris-Marseille, le
TGV Est devrait en effet illustrer une règle à laquelle les compagnies
aériennes sont désormais habituées: au-dessous de trois heures de
trajet, l'avion perd systématiquement la bataille face au rail.
"Aujourd'hui, la part de marché du ferroviaire est supérieure à 50%
pour toutes les destinations jusqu'à trois et même quatre heures de
voyage", soulignait il y a encore quelques mois la présidente de la
SNCF Anne-Marie Idrac.
Le TGV Méditerranée détient aujourd'hui 66% de parts de marché sur
Paris-Marseille, reliées en trois heures depuis 2001. Conséquence: Air
France a annoncé dès septembre s'attendre à une baisse de 500.000
passagers sur Paris-Strasbourg, soit la moitié de son trafic annuel,
après l'ouverture de la ligne à grande vitesse. La compagnie aérienne a
donc déjà décidé de réduire ses liaisons. Si les quatre aller-retour
quotidiens vers Roissy-Charles-de-Gaulle sont maintenus, les fréquences
à destination d'Orly vont passer de 12 à 8 à partir de cet été. Elle a
aussi commencé à proposer à ses personnels au sol affectés à Strasbourg
d'être redéployés sur d'autres plateformes. Air France n'abandonnera
pas pour autant ses précieux créneaux horaires à Orly, très convoités
par les compagnies à bas coûts en pleine expansion, comme easyJet.
La compagnie "va utiliser ces +slots+ pour sa nouvelle filiale low-cost
Transavia.com" qui doit débuter ses opérations au plus tard début juin
2007, pour des destinations non desservies par Air France, souligne un
acteur français du transport aérien. Certaines liaisons internationales
aériennes devraient aussi faire les frais de l'ouverture de la LGV,
avec l'explosion du nombre de voyageurs en train entre l'Ile-de-France
et la Suisse (+107%) et l'Allemagne (+127%), selon RFF. Au total, grâce
aussi au report du trafic routier, aérien et à l'arrivée de nouveaux
voyageurs, RFF estime que 11,5 millions de personnes circuleront sur le
TGV Est.
Du coup, l'aéroport de Strasbourg compte sur d'autres destinations pour
compenser la fuite des voyageurs. La compagnie "low-cost" Brussels
Airlines va ainsi relier Strasbourg à la capitale belge à partir du 25
mars. L'aéroport est en négociation avec une demi-douzaine d'autres
compagnies à bas coûts pour des liaisons vers les pays de l'Est, selon
la Chambre de commerce et d'industrie de la ville.